lundi 23 février 2026

Lire Popper-Lynkeus

Les « Fantaisies d’un réaliste » (1899) de Josef Popper-Lynkeus (1838-1921) sont depuis longtemps (1987) très bien éditées dans une collection de psychanalyse (avec une préface de Jean Starobinski), au rayon des curiosités freudiennes, comme un avant-goût des théories sur le rêve développées par Freud.

« Phantasien eines realisten » est le titre original ; le Vocabulaire de la psychanalyse de Laplanche & Pontalis, à l’article « Fantasme », nous rappelle que : « Le terme allemand Phantasie désigne l’imagination…/… En français, le terme fantasme a été remis en usage par la psychanalyse et comme tel il est plus chargé de résonances psychanalytiques que son homologue allemand…/… Daniel Lagache a proposé de reprendre en son sens ancien le terme de fantaisie… »

En lisant ce recueil de 46 courtes nouvelles, on peut penser que ce classement éditorial – qui nous permet de lire ce texte qu’on ne peut trouver ailleurs en traduction française – réduit la portée de cette œuvre littéraire singulière, même si la quatrième de couverture évoque une parenté avec Kafka.

Chronologiquement, ces textes ne doivent rien à la psychanalyse, et inversement, la science freudienne des rêves ne leur emprunte rien, sinon l’air du temps. On peut donc les lire comme témoignages de l’imagination originale de leur auteur, dont elles sont la seule œuvre littéraire, et se rappeler que les livres des psychanalystes sur les œuvres des écrivain·e·s, la plupart du temps, nous en apprennent plus sur la psychanalyse que sur la littérature.

Ça commence donc par des textes sur la mort, omniprésente dans ce livre, plus précisément sur l’agonie comme une expérience des limites capable de remettre en question toute une vie, une expérience qui fait dire à Michel-Ange : « Je suis effrayé de ce que nous sommes et de ce que la mort fait de nous. » 

Même l’amour est lié à la mort, sans exclure le désir et la sensualité, dans un dialogue entre Éros et Thanatos qui devait plaire à Freud. On lit un texte qui rappelle le mythe d’Orphée, un autre les Sirènes de l’Odyssée, un autre qui laisse éclore la vie au milieu d’un champ de bataille ou nous raconte brièvement les souffrances ultimes d’Averroès… 

Popper-Lynkeus écrit la plupart du temps avec un style retenu, se tenant toujours à la limite de l’ironie ou de la cruauté, en marge de l’humour ou de la sensualité. Il lui arrive parfois, comme halluciné, de dépasser les bornes, comme dans la nouvelle « Le roi Salomon se change en souris », mais c’est pour le plus grand étonnement du lecteur. Le recueil est varié et mérite d’être relu pour ce qu’il est : une œuvre littéraire originale et pleine de surprises.

Popper-Lynkeus 1899


Josef Popper-Lynkeus, Fantaisies d’un réaliste, Collection Connaissance de l’inconscient – Curiosités freudiennes, Nrf Gallimard 1987 - Traduit de l'allemand par Cornélius Heim.

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