Le poète observe les tableaux d’un peintre, c’est comme s’il regardait les étoiles avec lesquelles il semble familier, malgré leur violence. Cela lui donne conscience aiguë des mouvements et de l’espace à sa disposition, qui est aussi un lieu intérieur, un espace psychique. Lever la tête permet aussi la mesure du temps à long terme, calibrée à l’aune du désir et du mouvement du sable, qui ne laisse pas de place au doute. C’est la couleur rouge qui émerge des ténèbres pour aller se perdre dans le blanc neigeux de l’hiver nocturne : auparavant, c’est le vert de l’oubli qui occupe l’esprit qui tutoie les astres. La sérénité nocturne est-elle de bon conseil ? Peu importe lorsqu’on est sur le bon chemin, celui du changement, du feu et du chant. L’éloignement peuple le rêve du départ, lance une marche sur l’eau, comme un postulat impliquant le risque de se tromper : mais dans le soleil et le vent, au bord du fleuve, l’admiration et le respect occupent le fil des errantes. Se dessinent ici les cartes des vols d’oiseaux, des traces des mammifères dans la neige, comme pour se repérer dans les labyrinthes du geste et s’orienter devant les fatales prémices.
Le poète prend donc le train, et cela suffit pour remplir notre journée de lecture.
René Char, Les voisinages de Van Gogh, nrf Gallimard 1985

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire