mardi 24 février 2026

La voix de Georges Perec

« Est-ce qu'il y a un accès possible à la littérature par la voix des écrivains, celles et ceux que dans le silence nous lisons ? »

C'est la question presque paradoxale à laquelle tente de répondre Sereine Berlottier dans le n°14 de la belle collection « Perec 53 » des éditions L'Œil ébloui.

Elle le fait en proposant plutôt des variations sur le sujet : en relevant quelques phrases de Perec, en observant l'accord entre son corps et sa voix, la douceur enfantine de celle-ci ; en l'imaginant prononcer une conférence dont on n‘a pas l‘enregistrement ; ou bien en évoquant les voix absentes de la littérature, celles des taiseux Samuel Beckett et Henri Michaux...

Sereine Berlottier (mêmes initiales que Beckett le silencieux) relève l'intérêt que Perec pouvait avoir « à travailler les matières sonores », en notant son engagement dans les projets d'enregistrement de sa propre voix, évoquant un « corps dictaphone » et une « chenille qui fait son cocon ». 

Perec, qui « cherche en même temps l'éternel et l'éphémère » est pudique et précis dans ses réponses aux interviewers, il aimerait bien qu'on ne finisse pas ses phrases à sa place, et Sereine Berlottier indique, à propos de Perec et de son souhait de laisser une trace à la bibliothèque nationale, qu'il « lui faut s‘engendrer lui-même comme archive », devenant ainsi un « corps-bibliothèque ».

Devenir un corps-bibliothèque, n'est-ce pas un fantasme de lecteur, lectrice, ou de bibliothécaire ? En attendant, la description détaillée de l'émission télévisée « Apostrophes » du 8 décembre 1978 permet de retrouver un Perec un peu perdu, ayant du mal à faire entendre sa voix. Mais s'il a inventé, dans « Un homme qui dort », un personnage qui ne parle pas, c‘est pour mieux créer un langage inventif, « une voix qui se peuple d'un manque, d'une question, d'un appel ». Le fait d‘écouter une voix détachée de son corps, à la radio, l'offre libre : « on n'a pas besoin de preuve, d‘asservissement, de causalité ».

Sereine Berlottier rend compte de manière originale de documents sonores qui laissent entendre, par fragments parfois poignants, la voix de Georges Perec. Si elle le fait si bien, c‘est que son écriture laisse entendre sa propre voix. La collection Perec 53 continue donc son chemin dans les hauteurs et les bordures.


Berlottier Perec 2026


Sereine Berlottier ; Ce qui passe, passe : voix de Georges Perec ; collection Perec 53, éditions L'oeil ébloui 2026. ISBN 978-2-490364-50-3

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